La réussite est dans la méthode!

Militantisme, mode d’emploi! Vous allez vous brosser les dents. Vous avez 2 solutions pour faire sortir la pâte de votre tube de dentifrice : faire sauter le bouchon (supprimer les obstacles) et appuyer sur le tube (mettre la pression). 2 clés de réussite bien connues de la méthode à succès d’Henri Spira. Et il y en a d’autres. Cet article fait la synthèse des 10 points de communication pour qui veut faire gagner sa cause militante

Résumé du livre-inspiration: “Théorie du Tube de Dentifrice” (Peter SINGER, 1998)

Si Henry Spira a obtenu autant de succès dans ses actions militantes, c’est en grande partie grâce à l’efficacité de sa stratégie de communication, aujourd’hui reprise par de nombreux organismes de défense des droits des populations, dont L214.

J’en résume ici l’essentiel car elle s’applique à toute entreprise militante, quel que soit son domaine d’action, pour peu que ce qui la motive soit le combat contre une forme d’injustice.

1. Discutez avec le grand public

C’est la base. Le préalable à toutes les autres clés de réussite en militantisme. Trop de militants, parce que leur cause leur tient à cœur, finissent par ne côtoyer que les personnes qui pensent et agissent comme eux. Le risque est alors d’être déconnecté de la société sur laquelle vous souhaitez agir. Ne ratez donc aucune occasion de “prendre la température” du terrain sur lequel vous jouez!

Restez ancré dans la réalité : discutez de vos actions avec votre voisin dans les transports, montrez-leur vos flyers, testez vos arguments, analysez la manière dont ils vous répondent, répertoriez tout l’éventail des réactions possibles à votre discours, etc. Non seulement cela vous donnera davantage d’expérience de terrain mais, en plus, vous saurez où en est l’opinion publique du moment. Le temps et l’énergie que vous aurez mis dans cette “veille de terrain” vous fera gagner un grand pouvoir de décision et d’action.

2. Prenez une cible victime de son image publique

Ciblez des organismes dont vous connaissez la sensibilité à l’image publique : ils seront d’autant plus fragilisés qu’ils mettent des millions dans la publicité pour (re)dorer leur blason. Leur talon d’Achille, c’est leur réputation ; c’est leur mode de communication que votre militantisme visera.

Retournez-le donc contre eux : par exemple, les dirigeants de l’entreprise X font un grand tapage médiatique au sujet de leur circuit d’approvisionnement durable ; puisque c’est sur cet aspect qu’ils insistent, c’est là qu’il faut creuser. S’ils sont critiquables sur ce point-là, attaquez par une campagne de communication qui singe leur style publicitaire.

3. Patientez : une communic’Action sur le temps long

Mauvaise nouvelle pour le militantisme : vous n’éradiquerez pas toute la misère du monde en un coup. Le processus de changement sociétal s’effectue sur le temps long, aussi frustrant que ce soit pour les enthousiastes défenseurs d’une cause. Bonne nouvelle : la méthode “Colibris” est efficace, et rejoint ici celle de Spira. Faire chacun sa part, continuellement, opiniâtrement et sans perdre espoir est une démarche qui fonctionne.

Voyez, pendant 2 ans, les militants anti-Test Draize ont agité leurs pancartes et crié leurs slogans devant le Museum d’Histoire Naturelle de New York. Leur assiduité communicative a finalement fait plier l’institution.

4. Vérifiez vos sources

A l’heure des fake news en tous genres, il est encore plus indispensable qu’avant l’ère du web de s’assurer très rigoureusement des informations sur lesquelles vous basez vos actions militantes. Si les chiffres ou les citations sur lesquelles vous vous appuyez se révèlent être erronées, non seulement votre campagne retombera comme un soufflé mais vous perdrez toute crédibilité pour en lancer une autre.

Votre militantisme y perdra. Pour éviter cela, informez-vous directement sur les sites de vos cibles – quand ces dernières sont assez imprudentes pour ne pas cacher des informations qui pourraient se retourner contre elles -, franchissez les barrières administratives pour rencontrer en personne les responsables, interrogez le personnel ou toute personne en lien avec l’action que vous jugez répréhensible. Bref, transformez-vous en Sherlock Holmes de l’information moderne.

5. Ne divisez pas pour régner

Être engagé dans la défense d’une cause amène souvent à catégoriser le monde en deux camps : les gentils (ceux qui pensent/agissent comme nous) et les méchants (les autres).

Or l’hostilité personnelle se montre nettement moins efficace que l’empathie, que j’entend ici comme la capacité à se mettre dans la peau de son adversaire. Bien entendu, évitez d’opérer une dissociation de votre identité (sinon vous finiriez à l’hôpital psychiatrique, ce qui ne fera pas non plus avancer votre cause!). Mais posez-vous constamment les questions de ce type : “Que ferais-je à la place de X?”, “Comment réagirais-je si mon entreprise était attaquée de la sorte?”, etc.

Vous faites du militantisme?
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En plus d’être productive, cette posture fait preuve d’honnêteté: combien de temps avons-nous nous–même été dans le camp que nous critiquons avant de prendre conscience de l’injustice que nous combattons maintenant? Et tout cela passe par les mots-murs et les mots-fenêtres que vous saurez utiliser non seulement pour vous adresser à vos adversaires mais aussi pour parler d’eux.

6. Proposez des solutions

Aucune négociation n’avance dans le temps si des propositions de sont pas faites par les deux partis. La grande force de Spira a été qu’il n’entamait jamais un dialogue avec ses adversaires sans leur proposer auparavant plusieurs solutions réalistes. Il n’attendait pas qu’elles viennent de ses cibles ; il les devançait toujours. Des demandes de négociation précédaient toujours le lancement des campagnes : s’asseoir ensemble, discuter, apprendre à se connaître, mettre cartes sur table, poser des jalons, c’était finalement faire preuve d’intelligence relationnelle et communicationnelle, bien avant que les mots soient à la mode.

Mettez donc à l’œuvre toute votre créativité dans l’exercice d’imagination de solutions acceptables par vos adversaires : brainstormez sur leurs réactions potentielles, lancez-vous dans des jeux de rôles, designez vos propositions en délirant avec les mots, testez-les en les conjuguant à tous les temps, amusez-vous à l’exercice!

7. Préparez la guerre (si vous voulez la paix)

Envisager la confrontation alors même que les négociations débutent revient à mettre en place une stratégie progressive : la pression est mise petit à petit, en fonction des réactions de vos cibles. Sans réponse de leur part à vos courriers ou à vos mails, vous faites paraître un article ou vous organisez un sit-in. Puis vous reprenez contact.

Et, graduellement, la pression s’intensifie, à chaque étape de résistance de vos adversaires, pour aller soit vers des actions en justice ou des actions plus régulières et plus massives. Cette démarche suppose que vous ayez, d’une part, une machine de communication bien huilée (diversification des registres et des supports de com’, respect du timing, etc.) et, d’autre part, un réseau bien constitué et réactif.

8. Évitez la réunionnite aiguë

Optez pour une communication actionnelle (ce que j’appelle une communic’action), c’est-à-dire une communication pragmatique, dirigée vers un résultat factuel. Les séries de réunions interminables, trop souvent jugées nécessaires à l’organisation de votre structure, engendrent perte de temps et d’énergie. La réunionnite aiguë est la plaie du militantisme. 80% du temps des militants et des moyens des organisations finissent parfois par être dédiés au maintien et au développement des organisations en lieu et place de l’organisation concrète d’actions de terrain.

Henri Spira agissait seul, depuis chez lui. Sa force résidait dans son réseau, qu’il sollicitait en montant des coalitions avec des organisations connues, dès lors qu’il fallait faire monter la pression. 50 ans plus tard, à l’ère des réseaux sociaux, on voit se démultiplier les modalités d’actions, souvent lancées par des individus et relayées, adoptées et appuyées par les grandes organisations. Vous n’êtes jamais seul à penser ce que vous pensez : dénoncez l’injustice, ralliez du monde à votre cause et laissez aux poids lourds de votre domaine les tâches d’organisation.

9. Choisissez vos interlocuteurs : méfiez-vous du politique

Spira laissait, autant que possible, les joutes politiques et juridiques à l’extérieur de ses actions : les conflits de pouvoir et d’intérêt qui ne manquent pas d’exister dans ces domaines ralentissent l’action concrète. Le changement que vous souhaitez voir dans le monde s’effectue par le bas, en mode “bottom up” et à l’échelle du citoyen lambda, beaucoup plus efficacement que par un “top-down” utopique. Pour peu que l’action soit collective – et on rejoint encore une fois la démarche Colibris – et l’union fait la force, obligeant ainsi les lois à s’appliquer sur une réalité déjà modifiée par les pratiques des citoyens.

Restez-donc à l’écart d’enjeux politiques et juridiques trop souvent motivés par des visées sans rapport avec votre terrain d’action. Mieux vaut jouer dans la rue, avec le grand public, avec l’aide des médias, et en discutant directement avec les dirigeants des cibles que vous visez.

10. Evaluez vos chances de succès

Last but not least, tout repose sur votre capacité à vous interroger du fond du cœur, en étant le plus réaliste possible, sur les chances réelles de succès de l’action que vous projetez de lancer :

“Gardez un lien avec l’opinion publique, choisir une cible, définir un objectif atteignable, trouver des informations fiables, maintenir votre crédibilité, proposer des solutions de rechange, être prêt à parler avec vos adversaires ou à leur faire face s’ils refusent le dialogue : tous ces éléments ont pour finalité la création d’une campagne qui constitue un moyen pratique de changer la donne. La question est toujours : “Est-ce que ça va marcher?” (Singer, p. 322).

Le pilier de votre stratégie de communication réside dans la capacité à… communiquer avec vous-même! Cela suppose de prendre du recul, avec calme et de s’entretenir soi à soi, de manière claire et lucide. C’est au sein de cette communication intérieure presque “méditative” que s’ancreront vos prises de décision réalistes et que se joueront vos chances de réussite.

Vous avez de l’expérience dans le militantisme?
Partagez vos conseils en commentaire à cet article et tout le monde vous dira MERCI!!!!

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4 Responses

    • Merci Nicolas! L’avantage avec ce livre, c’est qu’on découvre 2 auteurs : Singer, qui est vraiment LE monsieur “Libération animale”, grand philosophe et auteur et Spira, son élève qui l’a inspiré d’ailleurs, homme de terrain et fin stratège! Tout un programme…

    • Merci Michèle! On a en effet besoin de ce genre de livres, qui font du bien et nous rappellent aussi pourquoi on continue à lutter pour la reconnaissance des droits des discriminés, quels qu’ils soient!

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